29 mai 2007
Archive journal perso #1
Je suis un touriste en son pays.
C'était l'après-midi du dernier samedi de février. je retrouvais Arnaud
et son père au pied d'un noyer. Raphaël les avait accompagné. Nous
étions dans cette jungle humide, sous La Combe, au delà des plantations
de sapins. il pleuvait.
Le noyer, dans les cinquante ans, était crevé, on devait l'abattre.
Arnaud et son père s'affairaient. Manifestement, Raphaël se devait
d'aider. Mais bon, on était sur les terres de La Combe. Trente ans
d'inexploitation, la nature avait violemment repris ses droits. À part
une vieille décharge que la végétation avait du mal à digérer, la liane
rampait, grimpait, poussait, à peine une peu plus vite que les acacias
sauvages. Tout ça sur un sol rocheux et caillouteux, glissant en pente raide vers
l'Eyrieux. bref, Raph n'était pas trop à l'aise. Moi non plus. Mais
moi, j'étais bien décidé à juste regarder.
Le mélange de la tronçonneuse était peut-être un peu trop gras, en tout
cas, Gilbert, en équilibre précaire sur une grosse bobine de cable, a fait une profonde
entaille, à trois mètres de haut, sous le départ des branches, dans un
épais nuage de fumée.
Raphaël, manifestement désireux de filer un coup de main, observait.
Moi aussi, j'observais Gilbert et son fils s'activer, sans se presser,
attelés à ce que j'ai toujours eu tant de mal à faire : faire.
Le problème en était à ne pas se prendre la partie supérieure de
l'arbre sur la tronche. Finalement, ils optèrent pour la solution
d'Arnaud, qui proposait de pousser la partie du noyer aux 4/5èmes
décapité, à l'aide d'une perche, jusqu'à ce qu'il cède. Dont acte.
Un jeune acacia, long, droit et mince, promptement coupé et élagué à la
tronçonneuse, fit amplement l'affaire. Après quelques poussées
successives, en rythme avec le mouvement de balancier des lourdes
branches, le haut de l'arbre oscilla de plus en plus, jusqu'à
s'effondrer. Ce fut la pause. Le paquet de tabac d'Arnaud passant de
main en main, chacun se servit, roulat sa clope. On faisait des
commentaires sur le tronc du noyer. Débité à la scie à ruban, on en
ferait des planches. et le reste finirait dans le poêle.
Je remarquais que quand même, nous nous trouvions dans un drôle
d'endroit. Gilbert et Arnaud ne comprirent pas vraiment où je voulais en venir. D'ailleurs,
Gilbert répondit : "ici, c'est chez moi".
Février 93 ou 94